Si vous vivez des trous de mémoire inexpliqués ou l'impression d'être étranger à vous-même, ces signes peuvent évoquer un trouble dissociatif de l'identité (TDI) et méritent votre attention.
Comment reconnaître un trouble dissociatif de l'identité ?
Psychologue.fr
- Les trous de mémoire — vous êtes incapable de vous souvenir d'événements vécus, bien au-delà d'un simple oubli du quotidien.
- Le sentiment d'être spectateur — vous avez l'impression de regarder un film ou que le monde autour de vous n'est pas réel.
- Les remarques de l'entourage — vos proches notent une voix différente, une assurance ou des habitudes alimentaires qui changent sans raison.
Que faire si vous vous reconnaissez dans ces signes ?
Psychologue.fr
- Pas de test à faire seul — seul un professionnel peut confirmer ce trouble, souvent confondu avec d'autres difficultés psychologiques.
- Un accompagnement possible — un thérapeute peut vous aider à instaurer la sécurité entre vos identités et apaiser vos peurs.
Si ces signes résonnent en vous, en parler à un psychologue ou à un psychiatre, à votre rythme, est le premier pas pour mettre des mots sur ce que vous vivez.
Le trouble dissociatif de l’identité, tel que le décrit le DSM-4 — ce manuel de référence édité par l’APA, l’Association américaine de psychiatrie —, correspond à la coexistence d’au moins deux identités au sein d’un même individu. Chacune constitue un état de personnalité distinct, et une perte de contrôle de la personnalité survient chaque fois qu’une identité différente, appelée alter, prend le relais. Un système TDI compte donc, au minimum, deux alters.
Dernière édition en date du manuel publié par l’Association américaine de psychiatrie, le DSM-5 affine cette définition. Il ajoute un critère : la personne atteinte de ce trouble a du mal à se remémorer des faits de la vie courante, des informations qui la concernent personnellement ou des moments de son existence. On ne parle pas ici d’une étourderie banale, comme oublier une corvée domestique, mais d’une réelle impossibilité d’accéder à ses souvenirs.
Autres questions
Quels sont les signes d'un TDI ?
Les principaux signes sont les troubles de la mémoire et de l'identité (amnésie dissociative, présence de plusieurs alters), les expériences de dépersonnalisation et de déréalisation, les troubles émotionnels et comportementaux, les hallucinations et illusions, ainsi que les problèmes de sommeil et de concentration. Des signes plus discrets existent, comme des changements physiques inexpliqués ou une perception du temps perturbée.
Quelle est la différence entre le TDI et la schizophrénie ?
Le TDI se caractérise par la présence de plusieurs identités (alters) qui prennent l'ascendant à des moments différents, tandis que la schizophrénie relève d'un autre registre. Les hallucinations auditives du TDI, où la personne entend des voix, sont parfois confondues avec la schizophrénie, ce qui peut allonger le délai de diagnostic.
Quelle est la cause du trouble dissociatif de l'identité (TDI) ?
Le TDI provient de traumatismes violents vécus pendant l'enfance ou l'adolescence : inceste, viol, abus sexuel, violence ou maltraitance. Il peut aussi résulter d'un trouble de l'unité de soi, c'est-à-dire une construction identitaire désorganisée. La perte précoce et violente d'un parent ou la vision d'une scène de violence peuvent également contribuer à son apparition.
Quelle est la différence entre un TDI et un TDE ?
Le trouble dissociatif de l'identité (TDI) implique une fragmentation de l'identité avec plusieurs alters, tandis que le trouble dissociatif émotionnel (TDE) concerne une fragmentation émotionnelle, un switch des présences émotionnelles. Le TDI peut causer des troubles physiques et sexuels, alors que le TDE reste centré sur le psychisme et les émotions de la personne.
TDI : quels s
Repérer un TDI relève parfois du défi. Ce trouble se confond facilement avec d’autres tableaux cliniques, comme la personnalité borderline ou le TDAH, bien que la CIM-11 — soit la classification établie par l’OMS — le reconnaisse comme un diagnostic à part entière. Précisons son origine : il découle de traumatismes violents vécus pendant l’enfance ou durant l’adolescence (viol, inceste, abus sexuel, maltraitance, violence…), ou bien d’une atteinte à l’unité de soi, c’est-à-dire une construction identitaire désorganisée chez la personne.
Cinq signes peuvent orienter le diagnostic d’un trouble dissociatif de l’identité :
- Des troubles de mémoire et d’identité
- Les expériences de dépersonnalisation et de déréalisation
- Les perturbations émotionnelles et comport
- Hallucinations et perceptions illusoires
- Sommeil perturbé et difficultés de concentration
Altérations de la mémoire et perturbations identitaires
Parmi les signes fréquents du TDI, les troubles touchant la mémoire et l’identité constituent le premier symptôme courant.
Concrètement, la mémoire fait défaut : l’amnésie est partielle ou totale. La personne peut se trouver dans l’incapacité de se remémorer des expériences passées, ou de fixer de nouveaux souvenirs.
Un choc psychologique peut être à l’origine de cette amnésie. Psychologue clinicienne à La Clinique E-Santé, Adèle nous l’explique :
Chez les patients atteints d'un trouble dissociatif de l'identité, on retrouve des traumatismes violents classés en type 2 ou 3 : ces personnes ont enduré, sur le plan physique, psychique et/ou sexuel, des abus à la fois sévères et répétés dans le temps.
Quant au trouble de l’identité, il se traduit par la coexistence de plusieurs identités au sein d’une même personne. Concrètement, une personne concernée peut ainsi abriter plusieurs alters : par exemple une personnalité qui protège, une autre marquée par l’impulsivité, ou encore une personnalité empreinte de tristesse.
Épisodes de dépersonnalisation et sentiment de déréalisation
Autre signe permettant de repérer un TDI : les expériences de dépersonnalisation et de déréalisation. Dans le premier cas, la personne se sent extérieure à elle-même, comme détachée de sa propre existence. Une impression étrange peut alors s'installer, celle d'assister à un film dont vous seriez le spectateur.
Avec la déréalisation, c'est le monde environnant qui semble perdre sa réalité.
Ces épisodes peuvent rester occasionnels ou, au contraire, se répéter régulièrement.
On parle ici d'une forme de trouble dissociatif dans laquelle la personne se retrouve coupée de son corps ou de son propre fonctionnement psychique. Chez celles et ceux qui vivent avec un trouble dissociatif de l'identité, cette dissociation se manifeste parfois précisément lorsqu'un alter prend le dessus.
Les troubles émotionnels et comportementaux
Sur le plan émotionnel comme comportemental, un troisième symptôme aide à identifier un TDI. La coexistence de plusieurs alters provoque, chez la personne concernée, des sensations variées. Certaines décrivent par exemple la sensation étrange qu’une autre personne cherche à pleurer à travers leurs propres yeux.
Les manifestations le plus souvent observées sont les suivantes :
- L’amnésie
- Des troubles d'ordre mental et médicamenteux (migraine, tristesse ressentie de façon intense…)
- La dépression
- L’anxiété généralisée
- Les comportements d’automutilation
- Les dépendances
- Le trouble de la fonction sexuelle
Les hallucinations et les illusions
Les hallucinations, tout comme les illusions, figurent aussi parmi les manifestations possibles du TDI. Voici ce que vous pouvez éprouver :
- Des hallucinations auditives : des voix se font entendre dans votre tête. Il peut vous arriver de répéter à voix haute leurs propos, voire d'engager une conversation avec elles.
- Des pensées ou idées inhabituelles font intrusion dans votre esprit : elles vous semblent imposées par une force extérieure.
- Des pensées inaccessibles : vous ressentez comme si votre esprit se voyait retirer vos propres pensées.
- Des actions qui échappent au contrôle : vos gestes, vos sensations, les mouvements de votre corps, mais aussi vos émotions, ne vous obéissent plus.
Des délires perceptifs : impossible pour vous de vous fier à ce que vos sens perçoivent réellement.
Une confusion avec la schizophrénie survient parfois face à ces manifestations, et le diagnostic du TDI peut alors prendre davantage de temps.
Les problèmes de sommeil et de concentration
Les personnes souffrant de ce trouble psychologique rencontrent aussi, dans bien des cas, des difficultés à dormir et à rester concentrées. Adèle nous le précise,
On retrouve, chez les personnes concernées par ce trouble, les symptômes d’un traumatisme : flash-backs, terreurs nocturnes, sommeil perturbé, ou encore une qualité de vie qui se dégrade.
Un sommeil de mauvaise qualité rend plus fragile face aux symptômes dissociatifs. La raison ? Des souvenirs liés au traumatisme refont surface et perturbent les nuits de la personne concernée.
Chez les plus jeunes, ce trouble prend souvent une forme moins visible. Des difficultés de mémorisation, d'attention ou d'attachement peuvent signaler une dissociation, tout comme des jeux dont les thèmes renvoient au traumatisme vécu.
D’un trouble de la personnalité peut aussi émerger à la suite d’autres chocs : avoir perdu un parent très tôt dans des circonstances violentes, par exemple, ou avoir été témoin d’actes de violence, comme une scène de guerre.
Certains signes, plus discrets et moins fréquemment évoqués, peuvent se montrer révélateurs d’un trouble dissociatif de l’identité :
- Des modifications corporelles inexpliquées
- Un rapport au temps altéré et déroutant
- Les sensations de sortie hors de son corps
- Troubles du comportement alimentaire
- Phobies et craintes irrationnelles
Les changements physiques inexpliqués
Parmi les signes qui passent souvent inaperçus, le premier symptôme moins connu du trouble dissociatif de l’identité touche au corps lui-même : des modifications physiques surviennent sans explication apparente chez la personne concernée.
Un exemple concret : quand l’un de vos alters prend l’ascendant sur les autres, votre voix peut soudain devenir plus aiguë ou, au contraire, plus grave. Votre assurance peut également sembler renforcée.
Le contraste peut être marqué. Une personnalité timide, réservée et sujette à l’anxiété peut ainsi laisser place à une attitude affirmée, empreinte de confiance en soi.
Ces variations n’échappent pas toujours aux proches, qui peuvent alors vous interroger avec des remarques du type : “Ta voix semble avoir baissé.” ou “Tu parais bien plus assuré qu’il y a un instant.”
Les perturbations de la perception du temps
Un rapport au temps perturbé peut lui aussi signaler la présence d’un TDI. Les personnes concernées décrivent une perte de repères : elles ne savent plus toujours se situer dans la journée ou dans les événements.
D’où vient cette distorsion temporelle ? Des flash-backs liés au traumatisme subi en sont la cause. Pendant ces instants de rupture, la personne se retrouve coupée du présent, comme aspirée vers son passé.
Les souvenirs en pâtissent aussi : impossible, avec cette perception faussée, de les ordonner sur une ligne chronologique cohérente.
Cette déformation du temps constitue ainsi un indice caractéristique de l’état dissociatif.
Les expériences de sorties hors du corps
Par ailleurs, les épisodes vécus « hors du corps » figurent parmi les manifestations possibles chez les personnes concernées par un état dissociatif. Concrètement, il s’agit de la sensation d’être détaché de son corps.
Une impression d’absence peut vous envahir, comme si vous étiez ailleurs, coupé de ce qui vous entoure. Rester ancré dans le moment présent devient alors difficile.
Ce comportement n’échappe généralement pas à vos proches : ils vous décrivent souvent comme quelqu’un de rêveur, la tête dans les nuages ou absorbé par ses pensées.
Ces expériences de détachement corporel entraînent de multiples répercussions :
- Perte d’énergie vitale
- Manque d’ancrage dans l’instant présent
- Difficultés à accéder à vos émotions
- Fragmentation de personnalités multiples
Les troubles alimentaires
Chez une personne vivant avec un trouble identitaire, plusieurs maladies chroniques peuvent coexister : c’est ce que les cliniciens appellent des comorbidités. Les troubles alimentaires en font partie, et ils peuvent se cumuler. Pourquoi ? Parce que chacun des alters est susceptible de développer le sien.
Manger participe au bien-être et reste associé à la bonne santé. Selon la personnalité aux commandes, le rapport à la nourriture bascule : un alter marqué par la tristesse, voire par un état dépressif, peut chercher à compenser en augmentant ses prises alimentaires.
Le mouvement inverse existe aussi. Un autre alter surveillera de près tout ce qui entre dans son assiette, un fonctionnement qui porte un nom : l’orthorexie. D’un moment à l’autre, selon l’identité présente, la conduite alimentaire se transforme donc.
Se nourrir devient alors un acte parasité par les injonctions des alters : “Arrête de manger autant, sinon tu ne plairas plus aux hommes/aux femmes.”, ou au contraire “Reprends du chocolat, ça va te remonter le moral.”
Les phobies et les peurs irrationnelles
Terminons ce tour d’horizon par un ultime symptôme : les phobies. Chez les personnes atteintes d’un trouble dissociatif de l’identité, des peurs irrationnelles peuvent en effet apparaître.
Ce signe peu connu ne se comprend bien qu’à une condition : dissocier chaque identité.
“Chaque identité peut développer ses propres phobies.”
Parmi les plus fréquentes, on retrouve principalement :
- La phobie sociale
- L’agoraphobie
- La phobie d’impulsion, marquée par la crainte de se faire souffrir soi-même, mais également de nuire aux autres
- La peur de porter un regard sur soi et d’explorer son propre trouble de la personnalité : c’est ce que l’on nomme la phobie d’intériorité.
Dissocier chacune de vos identités est un passage obligé si vous souhaitez identifier vos peurs irrationnelles. L'exercice peut faire peur. Mettre au jour les identités qui vous composent, en effet, ramène directement au traumatisme subi par le passé. Comme le souligne Adèle :
« La mission du thérapeute est de créer un climat de sécurité entre les alters, afin de réduire les phobies propres à chacun d’eux. »
Qu'avez-vous retenu ?
4 questions pour tester ce que vous avez appris sur le trouble dissociatif de l'identité
Question 1 / 4
Combien d'alters minimum sont présents dans un système TDI ?
Question 2 / 4
D'où provient le plus souvent le trouble dissociatif de l'identité ?
Question 3 / 4
Que signifie la déréalisation ?
Question 4 / 4
Avec quel trouble le TDI est-il parfois confondu à cause des hallucinations ?
Ce qu'il faut retenir
Résumé par Aurora, l'IA de psychologue.fr- Le trouble dissociatif de l'identité (TDI) se caractérise par la présence de deux ou plusieurs identités, appelées alters, chez une même personne, accompagnée d'une incapacité à se remémorer des événements du quotidien ou des informations personnelles.
- Ce trouble trouve son origine dans des traumatismes violents vécus pendant l'enfance ou l'adolescence, comme des abus chroniques et sévères au niveau physique, psychique ou sexuel.
- Les symptômes courants incluent les troubles de la mémoire, la dépersonnalisation et déréalisation, les troubles émotionnels, les hallucinations ainsi que des problèmes de sommeil et de concentration.
- Des signes moins connus peuvent aussi alerter : changements physiques inexpliqués, perturbations de la perception du temps, expériences de sorties hors du corps, troubles alimentaires variant selon l'alter présent, et phobies propres à chaque identité.
- Le TDI reste difficile à diagnostiquer, car ses symptômes peuvent se confondre avec ceux d'autres troubles psychologiques.
Sources & références
- Interview d’Adèle Hédou, psychologue clinicienne à La Clinique E-Santé
- Faustine Bollaert, “Troubles dissociatifs de l’identité : comment vivre avec plusieurs personnalités en soi ?”, ça commence aujourd’hui, 2022
- Marion Fareng, Arnaud Plagnol, “Dissociation et syndromes traumatiques : apports actuels de l’hypnose”, Cairn, 2014
